BLOGÈME: n.m. construit à partir de la contraction de blog et poème. Pur produit du monde virtuel, le blogème est une formule qui renferme un principe de bon sens ou résume une série d'observations en référence à quelque réalité transcendante. De façon générale, ce terme recouvre toute élucubration d'un velléitaire surpris dans une maille particulièrement mince de la Toile.
Un matin où le ciel apparaît d’un bleu si pur qu’on en est presque gêné, je sors de chez moi avec mon minuscule calepin de moleskine et je vois que le monde irradie à nouveau dans le silence plus profond que tous les silences. C’est comme si les arbres ne se séparaient pas de ma présence et le souffle de sa poussière ; comme si tout ce que je touchais – cette beauté terrible des feuilles virevoltant dans l’air – ne s’effritait pas sous mes doigts trop empressés à s’en saisir ; comme si la touffeur des émotions avait pu se capturer pour de bon dans cette parole trouée de toutes parts et d’autant plus indigente lorsqu’elle atteint une certaine hauteur… Alors, tel l’ingénu à la langue collée de miel et de pétales, j’emprunte sans hâte le chemin au nom pas encore prononcé, laissant les mots raisonner entre eux, se disputer les restes de ma personne. Je me couche dans l'herbe humide, j’attends patiemment que le sommeil me gagne. Quelques minutes ou quelques années plus tard, je m’éveille aux confins d’une plaine déserte, au milieu des nuées mouvantes, parmi les pierres rebelles et les mousses blanchâtres faisant broderie à mon enveloppe terrestre comme une seconde peau. Et j’entrevois, surimprimée en lettres de feu dans l'espace, une seule lettre isolée : o – je parle d’un véritable « o » bien sûr, rond et souple, cet o plein de morgue qui apparaît au milieu du vocable blogème, comme une bouche enfin raccommodée au point de non dualité des choses.
Livres poétiques de Ferenc Rákóczy à l'Âge d'Homme
Kiosque à chimères, 1996 (épuisé); Les Hospices rhénans, 1999; Éoliennes, 2007.
La citation du mois
« Dès que tu as prononcé un mot, ce mot règne sur toi; jusque là, c'est toi qui règnes sur lui. » Proverbe arabe
Quelques-uns de mes auteurs de chevet
Raymond Abellio; Giorgio Agamben; Tchinguiz Aïtmatov; Miguel Angel Asturias; Marcel Béalu; Thomas Bernhard; Georges Bernanos; Andréi Biély; Richard Brautigan; Roger Caillois; Alejo Carpentier; Charles-Albert Cingria; K.C. Constantine; Julio Cortázar; James Crumley; René Daumal; Vivant Denon; André Dhôtel; Louis-René des Forêts; Emily Dickinson; Chitra Banerjee Divakaruni; Roland Donzé; Péter Esterházy; Christophe Fourvel; Pierre Girard; René Girard; Witold Gombrowicz ; Henry James; Pierre Jean Jouve; Roberto Juarroz; Ernst Jünger; Frigyes Karinthy; Yasunari Kawabata; Deszö Kosztolányi; László Krasznahorkai; Malcolm Lowry; Sándor Márai; Flannery O'Connor; George P. Pelecanos; Fernando Pessoa; Sylvia Plath; Guy de Pourtalès; John Cowper Powys; Jacques Réda; António Ramos Rosa; James Sacré; Arno Schmidt; W. G. Sebald; Georges Steiner; Anton Tchekhov; Henri Thomas; Pramoedya Ananta Toer; John Kennedy Toole; Tomas Tranströmer; Birgitta Trotzig; Jean-Pierre Vallotton; Alexandre Vialatte; Derek Walcott; Pierre-Olivier Walzer; et Frédéric Wandelère parmi beaucoup d'autres...
Il y a quelque part, dans une chambre retirée, cet homme un peu triste qui, le soir, après le labeur d'une journée, se défait comme n'importe qui de ses vêtements élégants pour s'asseoir à la table mal éclairée. Va-t-il trouver la paix, va-t-il trouver l'amour, ou encore la source qui guérit? Rien n'est moins sûr, mais n'importe! Le plus difficile au monde est de ne peser sur rien, de laisser le monde aller à sa propre perte sans prétendre y contribuer d'une quelconque manière. Oui, qui est capable de cela? Alors il s'essaie à rester un peu à sa place, il se contente de regarder le ciel par la fenêtre. Pour voir sa verticalité, il faut être vertical. Libéré de ce qui d'habitude le distrait si bien (sa verve ironique, ce besoin de briller qui germe dans l'ombre de ses os), il est là tout simplement, au coeur du silence et de la solitude, la plume à la main, serrant chaque chose qui se présente dans son écrin de pardon.