mardi, 10 novembre 2009

Proverbe arabe

« On est maître de son silence et esclave de ses paroles. »

jeudi, 29 octobre 2009

Albert Einstein (1879-1955)

« Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons crée une société qui honore le serviteur et a oublié le don. »

Comment je vois le monde, Flammarion, 1935

jeudi, 08 octobre 2009

Raymond Abellio (1907-1986)

« Il ne faut craindre ni l'amour, ni l'absence d'amour. Que chacun vive selon sa nature et sa place, et comble sa mesure de vie. Et rien ne sera accompli tant que la mesure ne sera pas comble, dans l'homme et dans le temps. »

Les Yeux d'Ézéchiel sont ouverts, Gallimard, 1949

samedi, 19 septembre 2009

Charles-Albert Cingria (1883-1954)

« J'ai une grande confiance dans la santé poétique des masses vraiment masses. »

Auteurs, éditeurs et... lecteurs

dimanche, 30 août 2009

Un Cassandre post-atomique

On ne sait plus très bien où est le nucléaire, proclamait
Onésime Duvivier à qui voulait l’entendre (si, partout). À force,
Il nous portait sur les nerfs, c’est vrai, avec ses spectres
Qui avaient pour noms : cancers thyroïdiens, leucémies
Et moult horreurs prenant corps dans le génome humain.
Oui, un cycle s’achève, une conscience furtivement s’éveille.
Ainsi, le moment venu, chacun sera-t-il prêt au grand plongeon
Dans un monde où la singularité brille comme un signe de l’universel.
Avec sa barbe de hippie passionné, il imprimait
Dans nos cervelles ces proliférations monstrueuses,
Ce partout terrifiant (sans compter les crépuscules lavés de pluies
Acides, les eaux usées, les baleines, le réchauffement
Climatique). Il est si difficile déjà d’avoir sa tranche d’air.
De ce propos-ci à ce propos-là, nous n’en finissions
Pas de nous colleter avec une nature sans fond ni bords
Témoins enfantins de sa rage, impuissants comme lui :
Rien que d’y penser, j’en frissonne encore.

Extrait d'Éoliennes, L'Age d'Homme, 2007

vendredi, 26 juin 2009

Roland Donzé ou le temps de l’innocence

Écrivain suisse d’expression française, Roland Donzé fête ces jours-ci ses quatre-vingt-huit ans. Rappelons qu’avant de se lancer dans la fiction, il a occupé les fonctions de professeur ordinaire de philologie française à l’Université de Berne et est considéré comme une référence internationale dans ce domaine. Son extraordinaire Saga biennoise, composée à partir des années quatre-vingt, retrace, sur trois générations, les tribulations de deux familles liées par les liens du mariage, tribulations vues à travers les yeux du narrateur, Serge, qui décède avec son épouse dans un crash aérien au début du dernier opus, obligeant dès lors l’histoire à continuer sans lui. Donzé s’est vu attribuer en 2005 le Prix de la ville de Bienne pour l’ensemble de son œuvre, parue aux Éditions l’Âge d’Homme, de 1985 à 2006. L’été dernier, il a déposé le tapuscrit de ses cinq romans (retravaillés chacun jusqu’à une bonne dizaine de fois), sa correspondance ainsi que plusieurs documents annexes aux Archives littéraires de la Bibliothèque nationale. Cela fait de lui le seul écrivain vivant qui n'ait pas d'oeuvre à achever, sur qui l'on ne puisse se sentir de droits...

Pour ma part, je suis très fier d’avoir été l’un des premiers à lire en public ses romans qui, tant en Ajoie, qu'à Bienne ou à Lausanne, ont toujours rencontré une oreille enthousiaste et suscité une très vive émotion. Chopique, son second livre, me semble une chose immense, établie, précise et pourtant révélatrice et éclairante, et que je mets personnellement à côté des plus grandes que je connaisse. Il y a vraiment beaucoup d’arguments pour considérer la Saga biennoise comme un classique moderne des lettres romandes, et son auteur comme l’un des plus importants de ce pays, pourtant peu avare en talents, mais si long à leur accorder une vraie reconnaissance. D’abord par les sujets abordés : l’enfance, la pauvreté urbaine, la judaïté, la fragilité de la jeunesse, l’amour incestueux, la disparition de la mère tant aimée, la lutte et l’élévation sociale ou encore l’accès à l’écriture. Ensuite, par la technique narrative, profondément originale, à la fois épique et pudique, violente et musicale, si frappante que le lecteur en sera d’emblée déconcerté, bouleversé dans ses habitudes les mieux établies.

On peut affirmer sans exagérer que Donzé réinvente le dialogue et le monologue intérieur, faisant progresser son récit d’un pas très sûr, très vif, jusqu’au but qu’il s’est assigné : l’idée d’une certaine perfection formelle. Il sait comme nul autre capter l’énergie syncopée de la rue, la brillance d’un salon bourgeois, le conciliabule entre deux clochards célestes, les affrontements de l’adolescence. Cela s’effectue avec un raffinement rare et sensuel, car il n’y a qu’à travers la littérature qu’on entre au paradis. Dès la première phrase d’Une mesure pour rien, on est frappé par le rythme et cette scansion extraordinaire du texte, sa pulsation, cette marche un peu incertaine qui va toujours selon les accidents du temps – c’est à ce premier chapitre (Jeudi noir) que s’adosse toute l’œuvre à venir. On ne peut qu’admirer l’attaque et la chute des phrases, entrecoupées de silences, de non-dits, d’étourdissantes ellipses. Donzé a inventé un nouveau parler, l’acheminant vers ce point où il défaille et devient un chant, un miroitement, un simple relais à toutes les paroles au travail dans le monde.

Par ailleurs, l’écrivain, qui a pour ainsi dire tout lu, a conçu des personnages absolument hors du commun, souvent symétriques, ou alors incontestablement asymétriques, c’est selon: voix entremêlées, coupées, indissociables des bruits du temps ; ils heurtent de plein fouet l’imaginaire et demeurent longtemps dans la mémoire du lecteur qui doit accepter de se laisser toucher par cette prose hors des sentiers battus, pleine de fraîcheur et de tendresse amusée. Roland Donzé, qui se veut l’héritier direct des prodigieux conteurs – ouvriers, chômeurs, déclassés de toute espèce – qu’il a côtoyés dans les années vingt, à une époque où les enfants restaient encore bien sagement à table pour écouter parler les adultes, nous enchante en permanence, à chaque détour de page, par l’innocence sans apprêt de ses personnages, leurs côtés quelque peu désuets, mais toujours vrais, truculents, insolites, torturés, voire carrément intraitables. Il brosse ainsi le portrait d’une époque, mais surtout d’un tempérament, d’un air bien particulier, lié à un milieu typiquement helvétique (et donc juif, américain, international avant l’heure), ce qui nous semble, à nous, à la fois hautement instructif et parfaitement savoureux.

À ce titre, il possède à un degré de raffinement élevé l’art de faire jaillir le mouvement, la couleur, occasionnellement la beauté d’une situation simple au départ; oui, on peut dire qu’il ne suit jamais un tracé à l’avance, mais emprunte tous les sentiers de traverse que lui propose sa passion pour les belles constructions romanesques. Lire un livre de Roland Donzé, c’est s’offrir un rare instant de bonheur, être parachuté dans un univers où la moindre souris traversant un couloir prend une intensité, une présence telles qu’on l’entend trottiner pour de vrai. Roland Donzé parvient ainsi à recréer quelques éclats de cette grâce élémentaire que, parfois, on pourrait croire perdue. Voilà donc, n’en doutons pas, une œuvre riche de sève, mystérieuse, mystique presque, dont la force opère comme une délivrance, et en même temps une oeuvre miraculeusement préservée du moindre soupçon de prétention, et donc une œuvre pour notre temps et sans doute pour tous les temps.

 

 

La Saga biennoise aux Éditions L’Âge d’Homme :

 

Une mesure pour rien, 1985 (Poche suisse, 1999)

Chopique, 1990

Le temps du refus, 1995

Déborah, 1999

L’Impromptu de Boston, 2006

 

vendredi, 05 juin 2009

Blogème LXXXVII

Laisse parler tes instincts, aussi absurdes puissent-ils paraître à première vue. Inutile d’en tempérer leur caractère aveugle et irréfléchi, le tremblement de certitude qui semble les animer. Du reste, c’est seulement lorsque tu les auras vraiment admis comme tels, avec leur bassesse et leur incomparable vulgarité, avec leur dose d’abrutissement, leur tristesse, leur désespérante monotonie, qu’il leur arrivera de relâcher un peu leur emprise sur ta volonté.

samedi, 11 avril 2009

Blogème LXXXVI

Sans la clairvoyance du sage, impossible de rien connaître du monde. Sans l'obscurcissement du fou, impossible de tout connaître du monde.

 

mardi, 10 mars 2009

Blogème LXXXV

Chéris la nuit. Elle t'apprendra tout ce qu'il faut savoir.

mercredi, 25 février 2009

La Librairie-Papeterie Espace Le Pays de Porrentruy en danger

Qu'est-ce qu'une librairie sinon un espace privilégié où l'être de la liberté trouve à s'exprimer d'une façon unique et personnalisée dans notre société de plus en plus tournée vers le vulgaire, la rapidité, l'absence de liens?

Depuis la fin de l'année passée, celle de Porrentruy, qui est pour ainsi dire une rescapée de son espèce en Ajoie (Jura Suisse), se trouve gravement menacée de disparaître, comme tant d'autres. C'est à la fois une terrible nouvelle et une bien belle histoire, puisque le sauvetage a été décrété et rondement pris en main par la fille de Monsieur André Lièvre, le libraire en titre.

Cette dernière a donc lancé une action auprès des amis et de son réseau personnel, et il semblerait bien qu'elle ait réussi à susciter une mobilisation suffisamment large pour que la récolte de fonds aille bon train.

Tout ceci n'aurait sans doute pas été possible sans l'attachement que l'ensemble des Ajoulots ont pour leur libraire, pour son savoir-faire, sa générosité et son humansme, sa vaste connaissance de nombreux champs de la littérature d'hier et d'aujourd'hui.

Jamais avare d'un bon conseil de lecture, il a toujours un sourire et un gentil mot pour chacun, malgré les épreuves de la vie, de sorte qu'avec son enseigne, c'est un peu de son âme que l'Ajoie perdrait avant tout.

Espérons que cette catastrophe n'arrive jamais!

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