Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 23 novembre 2021

Christian Campiche nous emmène à Sashalom

Christian, Campiche, SashalomNous ne retournerons plus à Sashalom est le roman d’une chronique médusée que Christian Campiche nous offre de sa Hongrie natale, avec comme toile de fond la fin de la Seconde Guerre, la mise en place du régime communiste et la guerre froide, pages tristes de l’Histoire magyare qu’on suit jusqu’à la répression de l’insurrection de Budapest en 1956. « Écoutez-moi, bande de Soviets de merde, ce que vous faites à la Hongrie, vous le payerez un jour! » crie un insurgé avant d’être fauché par la rafale de mitrailleuse d’un char soviétique. Un peu plus loin, un enfant jette un cocktail Molotov dans un tank. Un jeune soldat Mongol, guère plus âgé que le gosse, en jaillit au milieu des flammes. Le ton est donné.

À une autre époque, un célèbre poète disait déjà: « La Hongrie est un petit peuple assis au bord de l’Univers. » C’est ce sentiment qu’illustre de bout en bout cet ouvrage. Et le sujet est passionnant, porté par une plume nerveuse, pleine de tendresse et ultra-cinématographique. Écrit pour ainsi dire à l’intention de ceux qui ne connaissent pas ce fragment de la Grande Histoire européenne, ces petites histoires mettant en scène des personnages attachants se déploient entre faits réels, journalisme documentaire et fiction d'un romanesque échevelé.

À l’État, tous les coups sont permis, les plus vils, les plus abjects, les plus sanglants. Il n'y a qu'une loi, celle du plus fort, et les hauts cadres du régime n’hésitent pas de passer par une déferlante de violence sanguinaire. Même les pays occidentaux abandonnent la partie face à l’Union soviétique, allant jusqu’à interdire des livraisons d’armes aux insurgés. Et puis, il y a ceux qui restent et ceux qui partent. Ceux qui reviennent, comme dans la vie. Campiche réussit de main de maître cette descente infernale de l’autre côté du rideau de fer. Convoquant Mandelstam pour dire la perversité de Staline, ce despote qui « forge des chaînes, décret par décret », écrasant toute vie sur son passage, il nous donne à voir des personnages aux prises avec des ruminations rugissantes qui les font trouver pour finir des solutions désespérées à des problèmes sans espoir.

Dieu merci, et pour notre plus grand plaisir, le livre de Christian Campiche se clôt par un petit lexique hongrois, dans lequel on apprend par exemple que "sok puszi" (prononcer "choc poussi") signifie "je t'embrasse bien fort". Très utile au lecteur francophone, n'en doutons point. Quand je referme un livre, et Nous ne retournerons plus à Sashalom ne fait pas exception à la règle, je sens que des choses m'ont échappé, mais ce n'est pas grave, c'est même une des raisons principales pour lesquelles je ne me sépare jamais des livres, afin de pouvoir les relire.

 

Nous ne retournerons plus à Sashalom, Christian Campiche, Éditions La Maraude, Lausanne 2021

 

Écrire un commentaire