samedi, 12 septembre 2009
Blogème LXXXVIII
Le serpent, d’où lui vient sa séduction particulière, si insistante, si terrifiante ? Peut-être de son apparente immobilité ? Car ne plus éprouver le besoin de bouger, c’est avoir compris que le bien et le mal sont trop inextricablement confondus pour pouvoir se passer l’un de l’autre, c’est accepter que sa propre souffrance et que son propre bonheur continueront à se contaminer à jamais.
13:36 Publié dans Blogèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : aphorisme, poésie, pensées
dimanche, 30 août 2009
Un Cassandre post-atomique
On ne sait plus très bien où est le nucléaire, proclamait
Onésime Duvivier à qui voulait l’entendre (si, partout). À force,
Il nous portait sur les nerfs, c’est vrai, avec ses spectres
Qui avaient pour noms : cancers thyroïdiens, leucémies
Et moult horreurs prenant corps dans le génome humain.
Oui, un cycle s’achève, une conscience furtivement s’éveille.
Ainsi, le moment venu, chacun sera-t-il prêt au grand plongeon
Dans un monde où la singularité brille comme un signe de l’universel.
Avec sa barbe de hippie passionné, il imprimait
Dans nos cervelles ces proliférations monstrueuses,
Ce partout terrifiant (sans compter les crépuscules lavés de pluies
Acides, les eaux usées, les baleines, le réchauffement
Climatique). Il est si difficile déjà d’avoir sa tranche d’air.
De ce propos-ci à ce propos-là, nous n’en finissions
Pas de nous colleter avec une nature sans fond ni bords
Témoins enfantins de sa rage, impuissants comme lui :
Rien que d’y penser, j’en frissonne encore.
Extrait d'Éoliennes, L'Age d'Homme, 2007
05:52 Publié dans Éoliennes, quelques courants d'air | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature
vendredi, 05 juin 2009
Blogème LXXXVII
Laisse parler tes instincts, aussi absurdes puissent-ils paraître à première vue. Inutile d’en tempérer leur caractère aveugle et irréfléchi, le tremblement de certitude qui semble les animer. Du reste, c’est seulement lorsque tu les auras vraiment admis comme tels, avec leur bassesse et leur incomparable vulgarité, avec leur dose d’abrutissement, leur tristesse, leur désespérante monotonie, qu’il leur arrivera de relâcher un peu leur emprise sur ta volonté.
22:57 Publié dans Blogèmes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, aphorisme
mardi, 21 avril 2009
Requiem dans la neige
Sous les saules noirs c’est la saison la plus rude
Sans ivresse ni feux ; un pont enjambe l’eau
Vers le maquis pelé des rameaux d’ifs jaunâtres
Enfourés de satin comme des arcs médiques.
Sous son corsage blanc, la terre est frissonnante
Dans les pins assoupis languissent des géants
Voilés de crêpes bleus - ils attendent au bord
Des routes leur messie, le doux soleil de mai.
Leur bois se fait poreux, et tordu leur branchage
On va les détailler en planches, en copeaux
Disposition des dieux municipaux : ils gênent
Les graves promeneurs des dimanches bâlois.
Vénérables sépulcres ! Apaiser ces mourants
Voilà le seul office incombant au poète.
(1988)
23:00 Publié dans Kiosque à chimères, morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème de circonstance, poèmes
samedi, 11 avril 2009
Blogème LXXXVI
Sans la clairvoyance du sage, impossible de rien connaître du monde. Sans l'obscurcissement du fou, impossible de tout connaître du monde.
08:53 Publié dans Blogèmes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, poésie, aphorisme
mardi, 10 mars 2009
Blogème LXXXV
Chéris la nuit. Elle t'apprendra tout ce qu'il faut savoir.
21:32 Publié dans Blogèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, aphorismes, pensées
mardi, 20 janvier 2009
Musée égyptien (Turin)
D’un commun accord, nous nous sommes arrêtés devant les sarcophages
Dont la pierre, dans cet extrême de voir,
Semblait supplier par-delà la béance du temps.
Et je t’ai accueillie dans mes bras comme on défait des bandelettes pour
Mettre à nu ce qui se confond maintenant avec la stridence de la ville.
Mouvement des lèvres – à peine une supplique.
Autour de nous, ce viol du présent (mais c’était la condition,
N’est-ce pas ?). Comme tu me serrais le poignet, farouchement,
Un insecte ailé est sorti (toutes antennes frémissantes, aussi égaré
Visiblement qu’un voyageur du temps à l’instant où
La disparition se précise) du coffre sculpté.
Une blatte, je crois – l’héritage des momies ?
Je retrouvai (d’instinct) le geste des yeux dans l’ordre imparfait du monde.
À la sortie, le rouge du ciel comme une joue souffletée nous
Accueillit, attestant que la rencontre avait bien eu lieu.
Extrait d'Éoliennes, Ed. L'Âge d'Homme, 2007
03:53 Publié dans Éoliennes, quelques courants d'air | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, turin, poème, littérature
mardi, 21 octobre 2008
Blogème LXXXIV
Une liberté étourdie d'elle-même n'est déjà plus la liberté.
21:59 Publié dans Blogèmes | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poèmes, spiritualité, philosophie, écriture
lundi, 13 octobre 2008
Dit du silencieux
Croissance du peuplier posé seul sur la plaine.
J’habite les bois du cerf, vigne rousse des pas.
La lumière épure juin, et toute fleur précaire
La pluie embrasse janvier, qui est-ce, sinon moi ?
Je ne sais de complaisant que les draps de l’automne.
La rame du ciel balaie les lampions des maisons
De loin je singe des mains un signal inutile.
Croissance du peuplier posé seul sur la plaine.
Autant dénouer l’amour, trésor sous la racine
Autant jeter à la flamme la feuille vineuse
De tabac séchée au vent : devenir ce brasier.
Je ne sais de complaisant que les draps de l’automne.
Trébucher jour après nuit ans l’espace des brumes.
Toucher de si près le merle accroché à la ramille
J’habite les bois du cerf, vigne rousse des pas
Mon vin ainsi que ma chasse arpentent les saisons.
J’ai recueilli du regard la digitale bleue
Proie facile d’un torrent, qui est-ce, sinon moi ?
J’ai foulé les horizons roses de ma cité :
Autant jeter à la flamme la feuille vineuse
J’ai grandi, tenant au poing la mauve du silence.
(1985)
Extrait de "Kiosque à chimères", lien de vente sur le site des Éditions l'Âge d'homme
04:46 Publié dans Kiosque à chimères, morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème, écriture, littérature
jeudi, 02 octobre 2008
Paul Valéry (1871-1945)
« Toute chose qui est, si elle n'était, serait énormément improbable. »
Mauvaises pensées et autre
18:50 Publié dans Perles noires (citations II) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poèmes, spiritualité, philosophie, citations, écriture






