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mercredi, 30 avril 2008

Blogème XLV

L’horreur absolue arrive toujours quand l’homme, par lâcheté ou manque d’imagination, n’a pas eu le courage d’envisager le pire. La littérature permet cela : de se regarder au fond des yeux, d’égal à égal, en quelque sorte, de cheminer en bonne compagnie jusqu’à l’ultime fosse du mal.

mardi, 29 avril 2008

Blogème XLIV

Il n’y a pas qu’une enfance, il y en a d’innombrables. Autant de portes d'entrée dans les restes effondrés du labyrinthe. Autant de sommeils liquides enroulés autour des obsessions des dieux.

Blogème XLIII

La facilité qu’on a de danser sur le parquet de ses erreurs !

lundi, 28 avril 2008

Blogème XLII

Par-delà les colères et les contradictions, rien n’affirme mieux le poids d’un homme que son aptitude à se réconcilier.

dimanche, 27 avril 2008

Jeux avec la vouivre

Lorsque je passe près d’un cours d’eau, quelle qu’en soit l’importance sur la carte ou dans les mémoires, je ne puis m’empêcher de m’arrêter. Mon idéal se contente d’un de ces filets d’azur qui font des serpentements sans fins dans une plaine dégagée, car je sais qu’ils finissent toujours par embrasser, au bout de la lige d’horizon, entre le ciel et l’herbe opulente, l’infini. Question de temps et de patience, sans doute. Un glougloutement moussu frange les bords d’une fine et tendre dentelle. Il pleut bas sur la sauge, le pissenlit, la sarriette. Mais la pluie elle-même efface peu à peu ce sensible tableau, sculptant par tourbillons un paysage vertical où l’eau se mêle à la bourrasque et la bourrasque au temps. De sorte que l’attente elle-même y prend un tour merveilleux où dominent les feux de l'imagination. On y rencontre quelquefois des créatures extravagantes et – le plus souvent – bénéfiques, lorsqu’elles n‘exhalent pas la tristesse ou la volupté. Depuis qu’il y a des hommes qui rêvent et savent rêver, elles se tiennent pour eux aux confins des mondes déferlants, et attendent... Qu’attendent-elles au fait ? On n’en sait…rien, ou presque – heureusement.

Elles sommeillent sur des trésors, vivent enfouies dans les marais ou dans la proximité de sources qui leur permettent, par des voies secrètes, de rejoindre le centre de la terre avec les prières et les sortilèges. Aveugles, elles s’orientent grâce à une escarboucle dont elles dépendent entièrement. Tantôt femme, tantôt oiseau-serpent, elles volent en faisant gicler autour d’elles un éventail de gouttes lumineuses qu’on prend quelquefois pour l’arc-en-ciel, un croissant de lune ou encore un cercle d’étoiles, tant cela change et change à n'en plus finir ; on les voit qui s’élèvent d’un battement d’ailes vif et cependant mesuré au-dessus des collines, des hameaux. Ma vouivre à moi (puisque tel est le nom que je lui donne) se manifeste quand souffle le vent du nord et que flotte la bruine au-dessus des pâturages. Je la remarque de loin – un petit sifflement m’avertit de sa présence, vu qu’elle me fait la politesse de s’annoncer dans le ciel ; peu à peu ce sifflement inaugural se transforme en modulations, en nappes sonores qui enveloppent tout, êtres animés et minéraux, d’un halo paisible. Avec ce chant d’une douceur infinie, elle est pour ainsi dire l’incarnation de l'esprit de la musique. La poursuivre, vite. Mais non, elle est loin déjà. On cherche à l’apercevoir entre les arbres, et voilà que, pour des raisons bizarres, elle apparaît soudain à un demi-jet de pierre, si près qu’il suffirait presque d’étendre la main pour la toucher.

Elle perpétue quelques instants les éclairs et la pluie dans la pénombre des tilleuls avant de m’inviter à m’asseoir à ses pieds. Je sens qu’elle appréhende – oh! sans s’appesantir trop, car les soucis la font changer de couleur, et c’est à chaque fois une petite catastrophe – nos réunions, qu’elle doit juger, ma foi, bien étranges, bien étranges. Ces moments sont surtout des moments de connaissance où s'ouvre tout à coup une brèche, où mon existence en vase clos s'emplit d'une eau plus lumineuse, d'un aflux d'espérance. Elle vient toujours à point pour me guérir de quelque tourment, le plus souvent après la visite de l'une ou l'autre de mes anciennes maîtresses repoussée avec ennui et tristesse. Au regard de ces dernières, extraordinaire est son calme, sa pondération. Pourtant, je ne la suppose pas dénuée d’humour ni d’une certaine perfidie, perfidie d'ailleurs nécessaire lorsque les humains s'en prennent à son escarboucle et que l’herbe folle ne lui offre plus d'abri suffisant à leurs méchantes entreprises. On ne verra jamais un poète s'adonner à de telles vilénies! Cela, elle l'a bien compris et elle m'en sait gré. Que dire de plus? Qu'elle distrait de la mélancolie et des chagrins ordinaires de l'existence, ça, chacun l'aura deviné. Que sa compagnie ouvre magiquement le troisième œil, c'est ce que l'on ose à peine murmurer, et encore en regardant avec effroi autour de soi. Aussi loin que portent mes souvenirs, elle a toujours veillé sur ma destinée. Il faut croire qu’elle accomplit cela avec beaucoup d’efficacité.

                                                                                                      (inédit)

 

samedi, 26 avril 2008

Blogème XLI

Certains passent à travers le temps de façon si commode qu’il ne les érode ni ne contribue à leur mûrissement. Ils sont nés vieux tout simplement.

vendredi, 25 avril 2008

Blogème XL

Quelquefois, bouche-toi les oreilles avec de la ouate imbibée de cire, et mets-toi devant un arbre moussu, à l’ombre de la plus forte branche, là où la lumière semble se séparer de la poussière qui monte du sol ; n’est-ce pas un soulagement de ne plus entendre le son de ta propre voix ?

jeudi, 24 avril 2008

L’ardoise des jours

Il faut la pauvreté pour sonder l’instant sans réserve
Et l’aride splendeur d’un cœur trop meurtri – mais
Que peut l’enfouissement, ce désert, le silence
S'il ne s'y glisse pas un soupçon d'air, un fil d'éternité ? 

                                                                              (1994)
 

 

Blogème XXXIX

Ceux qui ne ressentent nulle crainte à rechercher la compagnie des enfants, c’est à peu de choses près qu’ils se suffisent à eux-mêmes. Les jouets qu'ils tiennent dans les mains déjà tombent dans un autre monde.

mercredi, 23 avril 2008

Blogème XXXVIII

Un aphorisme résulte moins de l’expression de la vérité que d’une modalité particulière de l’attention à ce qu’il y avait au départ de plus informe en nous.

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